novembre 2, 2021 | News

Un nouvel article scientifique de Valérie Chavez-Demoulin, Eric Jondeau et Linda Mhalla met en lumière un paradoxe : si historiquement la croissance économique a contribué à réduire le nombre de décès liés aux catastrophes climatiques, dans les décennies à venir, cet effet pourrait être annulé par l’augmentation du nombre de catastrophes dues au changement climatique.

Les chercheurs partent d’un paradoxe : si la croissance économique augmente les émissions de CO2 et donc la fréquence des catastrophes climatiques, elle contribue également au développement des pays et donc à leur capacité à se préparer et à réagir aux catastrophes, réduisant ainsi le nombre de décès par catastrophe.

Le développement économique du 20e siècle a contribué à une augmentation substantielle de la quantité de carbone émise par nos économies. Selon le budget mondial du carbone, d’environ 6 milliards de tonnes en 1950, nous émettons aujourd’hui plus de 36 milliards de tonnes chaque année. En conséquence du changement climatique mondial, le nombre de catastrophes liées au climat – telles que les inondations, les tempêtes, les glissements de terrain, les incendies de forêt, les vagues de chaleur et de froid – a considérablement augmenté, passant à 6 641 au cours des 20 dernières années, contre 3 656 au cours des 20 années précédentes (1980-1999) et 1 171 au cours des deux décennies précédentes (1960-1979). “Dans le même temps, lorsque nous examinons les dernières années, nous constatons que la croissance économique des pays émergents a permis une diminution rapide du nombre de décès par catastrophe grâce à une gestion plus efficace des risques de catastrophe. Globalement, le nombre annuel de décès a diminué de façon spectaculaire”, explique M. Jondeau. En effet, de 77 062 dans la période 1960 à 1980, le nombre annuel de décès liés au changement climatique n’est plus que de 8 660 sur les 5 dernières années.

Dans les décennies à venir, quel sera l’impact de l’accélération du changement climatique sur la fréquence des catastrophes climatiques ? Sera-t-elle susceptible de contrebalancer le bénéfice de la croissance économique sur le nombre de morts par catastrophe ? Ce sont ces questions que Valérie Chavez-Demoulin, Eric Jondeau et Linda Mhalla ont décidé d’étudier. Leur étude “Climate-Related Disasters and Death Toll” vient d’être publiée sur le site du Centre E4S.

Notre objectif était d’examiner les conséquences du changement climatique et du développement économique sur le nombre de décès au niveau régional en nous appuyant sur des modèles statistiques adéquats adaptés aux événements extrêmes“, explique Eric Jondeau. Les chercheurs construisent un modèle qui décrit l’effet des émissions de CO2 sur le nombre de catastrophes et l’effet de la croissance démographique et du PIB réel par habitant sur le nombre de morts par catastrophe.

Ce cadre illustre la manière dont les décisions politiques peuvent contribuer à réduire l’impact du changement climatique sur le nombre de décès par le biais de deux mécanismes. D’une part, une réduction volontaire des émissions de CO2 atténuerait le changement climatique et réduirait le nombre de catastrophes liées au climat. D’autre part, le PIB réel par habitant reflète la capacité des autorités à adapter leur pays aux nouvelles conditions climatiques. Une meilleure gestion des risques de catastrophe permettrait de réduire le nombre de décès par catastrophe. Nos projections reflètent les stratégies d’atténuation et d’adaptation qui pourraient être mises en œuvre pour relever les défis du changement climatique“, indiquent les auteurs dans leur étude.

Sur la base de ce modèle et des “trajectoires socio-économiques partagées” (SSP) élaborées par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, les chercheurs projettent le nombre de décès pour les différents types de catastrophes climatiques et les différentes régions du monde. Ils se concentrent plus particulièrement sur le scénario “business-as-usual” (SSP3) et le scénario “durable” (SSP1). Les auteurs soulignent que le passage à un modèle économique plus durable permettrait de réduire considérablement le nombre de décès dus aux catastrophes climatiques : Par rapport à 2015-2019, le nombre de décès augmenterait de 50 % d’ici 2040 dans la trajectoire “business-as-usual”, alors qu’il diminuerait de 42 % dans le scénario “durable”. D’ici 2100, le contraste serait encore plus prononcé, avec une augmentation du nombre de décès de 33 % dans le scénario “business-as-usual” et une réduction de 95 % dans le scénario “durable”.