novembre 17, 2020 | Documents

Compte-rendu de la première réunion annuelle d’E4S

“Le capital dans le capitalisme ne doit pas se limiter au capital physique – il doit inclure tout ce qui est valorisé dans la société.”

La crise du COVID-19 a détruit l’activité économique et amputé le capital, mais elle offre également une rare opportunité de transition vers des économies plus résistantes, plus inclusives et plus durables sur le plan environnemental.

Lors de la première réunion annuelle d’E4S – Enterprise for Society Center, une collaboration unique entre trois institutions universitaires de premier plan – les participants ont appelé à une action urgente pour lutter contre certains des défis prioritaires de la société, dont le changement climatique.

Jean-Pierre Danthine, directeur général d’E4S et professeur à l’EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne), a appelé à un nouveau contrat social entre le monde académique, l’entreprise et la société.

Un appel qui se reflète dans la mission d’E4S, laquelle promeut le dialogue entre les chercheurs, les éducateurs et les praticiens pour s’attaquer aux problèmes les plus ardus du monde d’aujourd’hui.

“Nous ne serons sur une voie durable que si nous respectons la planète et protégeons ainsi les conditions de vie de nos enfants”, déclare Jean-Pierre Danthine. “Pour être provocateur, c’est l’essence même du capitalisme, mais le capital dans le capitalisme ne doit pas se limiter au capital physique, il doit inclure tout ce qui est valorisé dans la société.”

Il a également annoncé le lancement d’un nouveau master en  Management Durable et Technologie, afin de préparer les étudiants à conduire la transition vers une économie plus résiliente, plus respectueuse de l’environnement et plus inclusive, tout en exploitant la puissance de la technologie.

Il s’agit d’un programme de master unique qui s’appuie sur l’expertise des membres d’E4S – EPFL, IMD et l’UNIL.

Le monde universitaire a un rôle prépondérant à jouer dans la transition vers un monde durable

Nouria Hernandez, Recteur de l’UNIL, appelle les établissements d’enseignement supérieur à suivre leur impératif moral d’agir pour protéger l’avenir à long terme des personnes et de la planète. “Il ne reste qu’une partie de nos ressources naturelles”, dit-elle. “Nous en manquerons bientôt et cela affectera nos enfants.” La plupart des gens craignent le changement, dit-elle, et l’urgence de la nécessité d’agir n’est pas visible.

Mais si le problème (l’augmentation des émissions) est simple, la solution est compliquée. Par conséquent, un changement positif nécessite une collaboration interdisciplinaire.

“C’est exactement le type de problème auquel les universités devraient s’attaquer”, déclare Nouria Hernandez. “Il concerne des thèmes aussi différents que le calcul des émissions de CO2 et le comportement humain. Et, en fin de compte, notre survie. C’est pourquoi je suis si enthousiaste à propos de la mission d’E4S.”

Cette perspective a été reprise par Martin Vetterli, président de l’EPFL, qui souligne : “Nous devons envisager ces problèmes de manière globale. C’est vraiment ce qu’il faut faire. La technologie seule ne va pas résoudre les problèmes. Avoir de grandes idées sans bénéficier de technologies qui donnent des résultats ne le fera pas non plus. Et si l’économie réelle ne s’adapte pas, nous ne pourrons pas transmettre la planète à nos enfants.”

Jean-François Manzoni, président de l’IMD, déclare que son institution a également la responsabilité d’aider à la transition vers un système économique plus inclusif et écologiquement durable. Il a présenté trois moyens d’y parvenir.

Premièrement, en aidant les organisations et les dirigeants à comprendre l’urgence de la situation. Deuxièmement, en soutenant les dirigeants et les organisations à comprendre le lien entre un comportement plus inclusif et durable et la rentabilité à court et à long terme. Troisièmement, par des activités de recherche qui aident les organisations à placer une finalité au cœur de leur stratégie.

Jean-François Manzoni le souligne : “Un de nos rôles est de souligner que, de plus en plus, il sera possible pour les organisations non seulement de bien faire (financièrement) en faisant le bien (pour le monde), mais qu’il sera seulement possible de bien faire en faisant le bien. Parce que les gouvernements, les régulateurs, les communautés et la société en général forceront de plus en plus les organisations à internaliser le coût social et environnemental de leurs actions.”

Trouver l’équilibre entre l’objectif et le profit

L’orateur invité Colin Mayer, professeur de management à la Saïd Business School de l’Université d’Oxford, appelle à une nouvelle compréhension de la finalité des entreprises dans une conversation avec Anand Narasimhan, doyen de la faculté et de la recherche de l’IMD, qui dirige également le pilier recherche d’E4S.

Il souligne le récent passage d’une doctrine de maximisation des profits diffusée par le regretté économiste de Chicago Milton Friedman à une reconnaissance du fait que le but des entreprises est de servir toutes leurs parties prenantes.

Ce changement s’est traduit, selon Colin Mayer, par la déclaration du groupe de chefs d’entreprise de la Business Roundtable de l’année dernière qui disait essentiellement que la maximisation de la valeur pour les actionnaires n’était plus la priorité.

“Le but des entreprises est de résoudre les problèmes auxquels vous et moi, en tant qu’individus, société et monde naturel, sommes confrontés”, explique Colin Mayer. “Et de le faire sous une forme qui soit commercialement viable. Il ne s’agit pas de philanthropie ou de charité; il s’agit d’une activité commerciale intransigeante.”

Il affirme qu’un objectif clair peut aider les organisations à être plus résistantes aux chocs futurs : “Les crises détruisent l’activité économique et le capital, mais elles les créent aussi, car elles créent de nouveaux problèmes à résoudre.”

Par exemple, il met en avant la pandémie actuelle de coronavirus. “Cela nécessite de nouvelles façons de travailler, de communiquer, de voyager, de socialiser et de se divertir”, explique Colin Mayer. “La façon dont nous vivions a été fondamentalement changée, et cela offre d’incroyables perspectives pour les entreprises qui vont de l’avant.”

E4S peut être une initiative qui pourra réellement contribuer à saisir cette chance systémique en soutenant les organisations qui cherchent à tirer profit des nouvelles opportunités, et aussi aider à faciliter la transition plus large vers une planète plus durable et plus inclusive pour tous.