novembre 29, 2021 | Documents

Le domaine de la finance durable est dans une phase d’expansion spectaculaire et la remise en question du rôle de la finance est sans précédent. Parmi les stratégies environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) utilisées par les investisseurs responsables, la plus simple et sans aucun doute la plus populaire est celle excluant les titres de mauvais élèves – on parle aussi de désinvestissement ou d’exclusion. Mais, désinvestir pour quel impact ?

L’exclusion des entreprises répréhensibles par les investisseurs viserait deux objectifs principaux : d’une
part, altérer les pratiques de l’entreprise en la sevrant de financement et en renforçant le mouvement de stigmatisation, et d’autre part, diminuer les risques et d’améliorer la performance du portefeuille de l’investisseur.

Le désinvestissement semble cependant manquer ces deux objectifs. Modifier les pratiques commerciales en privant l’entreprise de financement semble être plus efficace sur les marchés primaires, mais seulement pour certaines entreprises qui dépendent réellement du capital de l’investisseur. Modifier les pratiques commerciales en stigmatisant les mauvaises entreprises est peu probable, étant donné les réponses historiques des entreprises ciblées, utilisant par exemple des techniques de greenwashing ou de dilution du stigma. Quant au second objectif, il semble que le risque soit effectivement réduit mais que la performance ne soit pas nécessairement améliorée. Les entreprises répréhensibles sont généralement caractérisées par un coût du capital plus élevé – donc des rendements financiers plus élevés pour l’investisseur – principalement parce qu’elles sont impopulaires et peuvent supporter un risque plus élevé. La sur-performance des fonds d’exclusion ESG que nous avons observée l’année dernière par exemple s’explique plutôt par un effet de momentum, qui par définition ne peut pas persister indéfiniment. Cela signifie qu’à long terme, nous devrions nous attendre à des rendements plus élevés pour les mauvais élèves ESG et à des rendements plus faibles pour les bons.

Il devrait par conséquent y avoir un coût financier à être un investisseur responsable sur le long terme. Ce coût peut être partiellement compensé pour les first-movers dans la phase d’engouement pour les stratégies ESG. Il n’est donc pas toujours possible de « do well while doing good ».

Jean-Pierre Danthine, EPFL

Florence Hugard, UNIL-HEC