décembre 8, 2021 | News


Selon une étude publiée ce mercredi par l’Enterprise for Society Center, le désinvestissement d’entreprises non éthiques a peu de chances d’améliorer leur profil de durabilité ou les performances financières des investisseurs.

Le désinvestissement est de loin l’une des stratégies préférées des investisseurs responsables, avec 19 771 milliards de dollars d’actifs l’appliquant en 2018. “Cette popularité justifie la nécessité d’étudier son réel impact sur les activités des entreprises cibles et sur le portefeuille de l’investisseur” expliquent Jean-Pierre Danthine (E4S-EPFL) et Florence Hugard (E4S-UNIL), les deux auteurs de “Désinvestir : pour quel impact” publié ce mercredi par le Centre E4S en partenariat avec Retraites Populaires et Pictet Asset Services.

Avant même d’analyser les impacts du désinvestissement, le rapport souligne les deux principaux objectifs du désinvestissement des entreprises qui ont de mauvaises pratiques environnementales, sociales ou de gouvernance (ESG). C’est-à-dire : premièrement, altérer les pratiques commerciales en privant l’entreprise de financement et en renforçant la stigmatisation, et deuxièmement, réduire le risque et améliorer la performance du portefeuille de l’investisseur.

Sur la base d’une analyse approfondie de la littérature académique, les deux auteurs ont conclu que le désinvestissement semble manquer ces deux objectifs. Il est peu probable que les investisseurs parviennent à modifier les pratiques commerciales d’entreprises répréhensibles par le biais du désinvestissement, car les entreprises ont tendance à répondre à la stigmatisation par le greenwashing, par exemple. “Le désinvestissement sur les marchés primaires, où les entreprises sont directement financées, semble être le plus efficace, mais seulement pour certaines entreprises qui dépendent réellement du capital de l’investisseur”, souligne Florence Hugard.

Si l’on considère l’impact sur l’investisseur, le désinvestissement réduit certains types de risques, comme le risque climatique, mais n’améliore pas nécessairement la performance financière. Les entreprises répréhensibles paient généralement des taux d’intérêt plus élevés, principalement parce qu’elles sont impopulaires ou plus risquées – ce qui implique des rendements financiers plus élevés pour l’investisseur. La sur-performance des fonds d’exclusion ESG observée sur les marchés financiers en 2020 par exemple pourrait plutôt s’expliquer par un effet de momentum, qui par définition ne peut pas persister indéfiniment. “Il y aurait un coût à être un investisseur responsable sur le long terme” conclut Jean-Pierre Danthine “il n’est donc pas toujours possible de do well while doing good“.

Ces conclusions font écho à la Building Bridges Week qui s’est déroulée la semaine dernière et suggèrent que pour que la finance apporte sa contribution à la transition vers une économie respectant les limites planétaires, il est important que les pressions qu’elle exerce soient bien orientées.