octobre 29, 2021 | News

Nous devons urgemment apprendre à consommer moins et mieux. Pour relever ce défi gigantesque, les producteurs, l’État et les consommateurs doivent tous faire leur part.

Depuis le 11 mai, nous, les Suisses, avons épuisé notre part des ressources planétaires. Depuis ce jour nous vivons au crochet des générations futures qui devront payer le prix de notre inconséquence (ou de notre égoïsme). Cela ne peut pas durer: nous devons urgemment apprendre à consommer moins et mieux. Une des lois de l’économie stipulant que tout ce qui est demandé sera produit (même quand c’est illégal, mais a fortiori lorsque cela l’est), la responsabilité du consommateur pour aboutir à une économie durable est donc incontournable. Nous devons adapter nos modes de vie!

Le défi est gigantesque et nous ne pourrons le relever qu’avec le soutien des autres acteurs concernés, les producteurs en premier lieu et l’État, qui doit inciter et adapter les conditions-cadres.

Les producteurs sont évidemment parties prenantes car pour consommer moins et mieux il faut produire moins et mieux. Il s’agit d’abord d’utiliser toutes les ressources de la technologie pour produire plus efficacement les biens dont la demande est avérée et légitime. Il s’agit aussi d’arrêter de pousser à la surconsommation. A minima cela demande que les producteurs s’engagent à ne vendre que les biens et services qu’un consommateur parfaitement informé et conscient souhaite vraiment consommer. Et leur marketing doit essentiellement viser l’information du consommateur en particulier sur l’usage des ressources communes que la production des biens promus requiert et non l’excitation des besoins les plus superficiels. Lors d’une conférence récente du Center E4S, Frédéric Dalsace, professeur de marketing à l’IMD s’est fait l’avocat du marketing «fille de la mondialisation, mère de la consommation responsable».

Au nom de la collectivité, l’État doit aider cette transition d’abord en s’efforçant, à l’aide de taxes et de subventions, de rapprocher les prix des biens de leur coût véritable, c’est-à-dire prenant en compte l’ensemble des ressources utilisées pour leur production. C’était l’intention de la taxe CO2, il faudra faire revenir par la fenêtre ce qui n’a pas pu entrer par la porte. Il s’agit de renchérir certains biens – l’essence et le diesel – en diminuant le prix de certains autres – les transports publics et le prix d’achat et d’utilisation des véhicules les moins polluants. En complément ou en substitut, lorsque cela est plus efficace, il faut aussi interdire et réglementer. Il est par exemple absurde de continuer à autoriser la mise sur le marché de nouveaux véhicules super-polluants pour lesquels les possibilités de substitution sont évidentes sachant qu’ils produiront les nuisances correspondantes pour les dix ou quinze prochaines années.

Le consommateur enfin doit assumer son rôle de décideur ultime. Au bout de la chaîne ce que nous n’achetons pas ne sera pas produit. La technologie ne pourra pas tout faire. Des changements de comportement sont indispensables. Ils pourraient conduire à des pertes de croissance selon les indicateurs traditionnels, mais le bonheur n’est pas dans le «toujours plus», les études confortent l’intuition sur ce point. Et c’est le bien-être de tous y compris celui des générations futures que l’économie se doit de rechercher.

Prof. Jean-Pierre Danthine, Co-Directeur Exécutif, E4S

Article original publié le 10 octobre dans Le Matin Dimanche